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Carmel
Sr Marie de l’Eucharistie à Mme Pottier – 6 octobre 1898

DE  
GUÉRIN Marie, Soeur Marie de l'Eucharistie
À 
MAUDELONDE Céline, Mme Pottier

06/10/1898

Marie Guérin à Céline Pottier
J.M.J.T.                                 6 Oct. 98
+ Jésus
Ma chère petite Céline,
Il paraît que tu trouves mes lettres bien rares, c'est vrai, mais vois-tu c'est avec intention que je ne t'ai pas écrit pendant ton séjour à la Musse, je ne me sentais pas assez libre, je craignais qu'une circonstance ou l'autre t'obligeât à montrer ma lettre et alors je ne l'ai pas fait, j'attendais ta rentrée à Bernay, et aussitôt que je l'ai apprise je viens causer avec toi.
Tu as été enchantée, me dis-tu, de l'affection que papa et maman t'ont témoignée à la Musse, je ne suis pas étonnée de cela, ils connaissent les liens d'amitié qui nous unissent toutes les deux, ils entendent parler de toi, sans toutefois que je dévoile tes petits secrets que je conserve en mon coeur, puis eux de leur côté, ont été ravis aussi de te connaître dans l'intimité, ils m'ont fait les plus grands louanges de toi, sur ta piété, sur tes devoirs de maîtresse de maison, d'épouse, de mère, ce qui m'a fait connaître plus à fond , si cela est possible, ma chère petite Céline ; et de Bébé donc ils ne savent qu'en dire tant ils la trouvent mignonne et bien élevée. Continue, ma chérie, et remercie le bon Dieu de t'avoir mis sous les yeux des exemples de sainteté, car je ne puis le nier mes parents sont de saints chrétiens, et si tu ne peux suivre entièrement leurs exemples, suis au moins leurs sentiments de résignation, d'abandon total entre les mains du bon Dieu, de foi vive, oui, agis souvent en vue de la foi, vois en tout la volonté du bon Dieu, qui dans sa paternelle bonté, envoie les consolations, les épreuves petites ou grandes pour notre sanctification.
Abandonne-toi, c'est le moment plus que jamais de te livrer à l'abandon dans la circonstance présente. Etre mère une seconde fois c'est donner au bon Dieu un ange de plus sur la terre, sur lequel il reposera ses yeux divins quand les pécheurs le contristeront. Donne avec joie à Jésus ce petit ange que tout son petit coeur ne vive et ne batte que pour Lui, qu'il devienne plus tard un saint dans la vocation qu'il lui donnera, car on peut être bien saint dans le monde, il n'est pas toujours besoin de venir au cloître pour cela. On devient saint dans la vocation que le bon Dieu donne, et où Il appelle chaque âme.
Oui, abandonne-toi au bon Dieu, fais-lui de toutes tes actions petites et grandes, de tous tes sacrifices, une gerbe de fleurs qui réjouissent son coeur, pense à lui offrir chaque soir ce bouquet qui le charme, et tu seras heureuse. Quand on travaille pour le bon Dieu on a le coeur léger. Oui, tu devrais employer quelquefois tes loisirs à faire des ouvrages pour les autels, pour le bon Dieu, il y a tant d'églises abandonnées. eh ! bien une fois par an tu devrais offrir au bon Dieu un ouvrage qui serve à parer ses sanctuaires. Tu ne sais comme cela m'a touchée de voir que tu destinais tes taies d'oreiller à la louange, à la gloire du bon Dieu. C'est ce qu'une mère chrétienne doit faire, elle doit en son nom et au nom de ses enfants travailler pour Jésus, lui offrir le travail de ses mains, car dans le monde on aime à passer son temps en travail pour parer ses salons et on oublie le Jésus du tabernacle.
Je te quitte bien vite, ma chérie, ta commission pour les messes est faite, je ne l'oublie pas et prie beaucoup pour toi, je suis toujours très contente lorsque tu me donnes de tes nouvelles. Ta petite soeur Marie de l'Eucharistie
7 Oct. 98
Je reçois à l'instant le beau travail que tu nous envoies. Merci, merci mille fois ma petite Céline chérie de la part de notre Révérende Mère, et de la part de toutes tes petites soeurs du Carmel. Mais quel travail ! c'est magnifique ! Je viens de le donner à la sacristine qui va se mettre en devoir de le transformer en nappe de communion comme je te l'avais déjà écrit. Je verrai souvent ce petit chef d'oeuvre où Jésus reposera plus souvent qu'on ne le pense, et comment oublier, si l'oubli pouvait être en mon coeur, l'auteur de ce don et sa petite famille. Jésus entendra parler d'eux, et toi aussi ma petite Céline n'oublie pas ta petite soeur qui entre en grande retraite ce soir.
Tout le monde est en admiration devant ton travail et tu penses que je ne suis pas fière de ma petite soeur, merci, merci encore, tu ne sais pas le plaisir que cela me cause de te voir travailler pour Jésus.
Pour les messes, tu me demandais le prix, notre Mère les fait dire pour 1 franc, par messe d'aumône, mais cela n'et pas pressé, tu sais.
Oh ! que ton charmant cadeau nous touche profondément !

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